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L'individualisation selon Nietzsche

La réforme de l'individu vers le surhumain, pour Nietzsche, est lié à sa notion de surhomme et de noblesse d'esprit, car il exprime la résistance que les consciences individuelles (les "esprits libres" tant décriés par les religieux) peuvent opposer à la normalisation sociale étatique et au conformisme ambiant. Ce non-conformisme n'a rien à voir avec l'individualisme étroit du "chacun pour soi et Dieu pour tous". Nietzsche voulait promouvoir une nouvelle noblesse, une élite libérée du fardeau des idées reçues et appelée à dépasser le stade communément appelé "humain". Ce qu'il entend dans la formule « Deviens ce que tu es (vraiment) », c'est se réaliser, se distinguer des autres, avec ses particularités propres, quitte à paraître pour un original.

Il faut distinguer cet individualisation en tant que droit naturel à la liberté de penser et de s'exprimer, à vivre à sa manière et de façon responsable, de l'individualisme qui relève d'un égocentrisme outrancier et d'un mode de vie fondé sur la négation de l'autre. Il semble donc qu'on doive considérer cette sensibilité individualiste comme une sensibilité réactive au sens que Nietzsche donne à ce mot, c'est-à-dire qu'elle se détermine par réaction contre une réalité sociale à laquelle elle ne peut ou ne veut point se plier. Le respect de l'individu et de la personne humaine s'accompagne d'une critique du racisme, du nationalisme, du totalitarisme, de l'étatisme, de l'esprit sectaire, du dogmatisme, et du conformisme de la morale.

Les sociétés modernes imposent en effet des formes de soumission qui ne proviennent pas des seules contraintes exercées par l'autorité publique (militarisme, impôts, taxes, monnaie). Ainsi, par la glorification du travail, on vise à tenir les individus en bride, en canalisant les énergies et en accaparant le temps libre par des contraintes d'horaires fixes ; par le système législatif et juridique, on retire des réflexes de défense naturels, et on empêche des temps de réflexion en organisant les loisirs et en instituant des fêtes et des commémorations ; par l'intégration dans un groupe, on fait adopter son style et ses manières (exemples : costume-cravate dans les banques et les milieux d'affaire, uniforme, humiliation, obéissance à la hiérarchie dans l'armée). Enfin, il y a les opiums consolateurs du peuple (alcool, tabac, narcotiques, religion), et maintenant, par le mercantilisme, la télévision infantilisante et l'abus de publicité, on tente d'abrutir en orientant les esprits vers le quotidien et le futile. Bref, les "malades mentaux" sont internés, les insoumis sont considérés comme subversifs et leurs révoltes sont réprimées (il y a souvent eu des heurts graves avec la police lors de manifestations pacifiques).

Nietzsche dénonce cette obsession de la sécurité et du confort liée à la peur des petits et des faibles, qui, d'ailleurs fournissent les bataillons de valets et de gens d'arme pour les maîtres de l'ordre établi. C'est en s'émancipant que l'individu devient plus fort, plus original, plus personnel, plus indépendant et plus créatif (toutes les caractéristiques du surhumain). Il est d'ailleurs tout à fait bien représenté par ce que l'éminent psychiatre Carl Gustav Jung appelle le “processus d'individuation”, c'est à dire la réalisation de soi (note 1) - A comparer avec l'individualisme de Georges Palante (note 2)

Autrefois, dans la lointaine antiquité, il ne faisait pas bon vivre seul ; hors du clan, ou de la cité, on ne survivait pas longtemps. C'est en Grèce que l'individualisation est née, avec l'émancipation de l'individu, de la personne et de son originalité. C'est en Grèce que sont apparus la démocratie et les droits de l'homme. Démocratie aristocratique peut-être, mais démocratie véritable, avec l'assemblée des citoyens (organe législatif) qui débattent et votent pour les décisions à prendre et à faire exécuter par l'organe exécutif. Nietzsche avait de l'admiration pour cette civilisation hellénique, qu'il connaissait bien. Il affirme la prééminence de l'individu sur les groupes sociaux qui uniformisent, nivellent, s'organisent en pouvoir et tendent à subordonner les gens à un chef ou à ses dogmes.

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Note 1. Carl Gustave Jung appelle cela «l'individuation»(Dialectique du Moi et de l'Inconscient). (Téléchargez-en les extraits)
« Il s'agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu'il a de plus personnel et, de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d'« individuation » par « réalisation de soi-même.»

Note 2. L’individu comme ressort théorique dans les sciences sociales. Georges Palante, un précurseur oublié de la sociologie de l’individu par Stéphane Beau

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